Ce ne fût pas drôle tous les jours. Bien que je n’aie pas vécu auprès d’elle mais avec mon père, les fois où j’y allais étaient catastrophiques.

Je me souviens, plus jeune, vers mes six ou sept ans, qu’elle me trimbalait avec elle, non pas pour faire des activités mère-fille ou des ballades dans la nature…Non, non, faut pas pousser non plus, elle m’emmenait au PMU. Avez-vous remarqué l’erreur ?

Mes souvenirs restent vagues, je pense que j’ai délibérément enfoui ces étranges souvenirs quelque part dans mon cerveau. Je devais sans doute commander un diabolo ? Oui c’est ça, un diabolo menthe, c’est ce que je commandais pendant que ma mère tournait au Ricard avec ces potes alcoolos.

Je me souviens aussi qu’il y avait un chat. Ce devait être celui du patron, car à chaque fois qu’on s’y rendait t il était là-bas, couché sur une chaise du PMU. Je l’aimais bien ce chat, il était gentil, et je trouvais enfin un petit quelque chose qui me rappelait que j’étais une enfant au milieu de tous ces vieux OH (OH= alcoolique dans le jargon médical).

chat-dalcoolique

Un souvenir aussi qui m’a marqué… Nous étions sortis pêcher avec elle et son conjoint, puis dans l’après-midi, ils ont décidé de se rendre pour ne pas changer, dans un bar. Et ils ont bu, tant et plus, et moi j’attendais là, sur une chaise, écoutant les divagations dont ma mère m’inondait les oreilles :

♥- Avec qui tu veux vivre ? Ton père ou moi ? Tu auras le droit de choisir quand tu seras plus grande. Tu diras au juge que je suis plus gentille et que je m’occupe mieux de toi. N’est-ce pas que tu vas le dire ? Tu préfères qui de nous deux ? Dis-donc, passes-moi voir un peu de ton argent de poche, j’en ai plus et on va reboire un verre ? Tu veux reboire un diabolo ? Mr ? Un diabolo et deux Ricard s’il vous plaît ! T’inquiètes-pas je te le rendrais ton argent !

Je me souviens qu’il faisait chaud, c’était en plein été. J’avais de l’argent de poche et j’aurai sans doute voulu m’acheter des cahiers de jeux, des sucettes… Au lieu de ça, j’ai nourri l’alcoolisme de ma mère.

Et puis, il y avait ces autres fois. Ces fois ou elle m’envoyait lui acheter des bouteilles d’alcool à 90° quand c’était encore en vente libre en pharmacie.

♥- Tu diras bien au pharmacien que c’est pour faire des fruits en sirop ? T’as bien compris ? Je te donnerai un petit billet, tu pourras t’acheter des bonbons en même temps.

Et ces autres fois, ou j’allais lui chercher du Ricard à la supérette du village, à cette époque, les caissières ne se posaient pas de question, elles me laissaient partir avec. Si jeune, je savais déjà qu’il existait du Pastis et du Ricard, et qu’il y avait des bouteilles d’un litre ou d’un litre cinq.

Mais à moi, tout cela me paraissait à peu près normal. Si ma mère m’envoyait le lui acheter, c’est sans doute que les autres enfants faisaient pareil. Et pourtant mon père ne m’envoyait pas lui acheter du Ricard lui !

Et il y a eu tous ces soirs, ou je l’a regardait s’enivrer jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout. Ces fois où elle trébuchait et me racontait que :

♥- C’est à cause de mes chaussures que je glisse, je ne suis pas bourrée.

Ces soirs, où, à force de boire elle ne trouvait plus ces mots, à force de boire, elle était tellement ralentie qu’on aurait cru voir une vidéo en mode pause. Ces soirs où, à force d’avoir bien plus de Ricard dans le corps que de sang, elle se mettait à baver. Et puis ces soirs où, de trop boire elle en oubliait de me faire à manger, alors j’allais me coucher le ventre vide.

fille

Je me souviens que je pouvais passer des nuits à dormir douze ou quatorze heures d’affilées. J’avais trouvé mon refuge. Je ne voulais plus entendre ces fois où elle m’insultait de salope ou de grosse vache. Est-ce que ce sont ces mots qui ont fait qu’un jour j’ai virée anorexique ?

 

Bref, je crois que pour aujourd’hui je vais m’arrêter là. J’ai vidé mon sac, j’ai fait ma thérapie, je me suis livrée à vous comme jamais.

Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi de la sorte ? Je n’en ai strictement aucune idée. Mais voilà qui est fait.

 

Article réédité, j’arrive amplement à vivre avec cette situation aujourd’hui, j’en ai fait mon deuil depuis longtemps et je me dis que la vie est ainsi faite voilà tout.

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6 comments
  • zenopia
    7 décembre 2016 at 6 h 48 min

    Je me souvenais d’avoir déjà lu ce billet très poignant… juste <3

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    • Neurones En Eventail • Post Author •
      7 décembre 2016 at 6 h 50 min

      Oui une petit réédition car il était sur mon ancien blog
      Je t’avoue que ça m’a fait bizarre de le publier à nouveau car je suis tellement éloignée du ressenti que j’avais à l’époque où je l’ai écrit ! Ça veut bien dire que j’ai fait un grand travail concernant la mère bonne journée

      Reply
  • Litorone (Manue)
    6 décembre 2016 at 12 h 14 min

    Nous avons pas mal de souvenirs en commun à ce que je vois, ma mère était alcoolique et toxico, mon père avait lui aussi viré alcoolique (ne supportant plus la vie commune). Aujourd’hui, je suis écœurée de l’alcool à vie, j’ai également eu une période d’anorexie, puis de boulimie (dont je ne suis pas encore débarrassée, mais j’y travaille). Tout comme toi, je vis avec maintenant, après une longue thérapie car la peur de devenir comme elle m’a longtemps poursuivie. Bises

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    • Neurones En Eventail • Post Author •
      6 décembre 2016 at 14 h 44 min

      Comme quoi, je ne suis malheureusement pas le seule, mais nous arrivons à relever la tête ! Bravo à toi

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  • Marie Kléber
    6 décembre 2016 at 11 h 06 min

    Un témoignage saisissant. Je me souviens en effet avoir lu ces lignes ici. Pas facile à vivre pour une enfant, pas facile de grandir avec un tel modèle. Mais tu en as parcouru du chemin et tu peux en être fière ma belle. Ce partage est nécessaire, pour toi, pour les autres.
    Je t’embrasse bien fort.

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