Un amour inachevé 

Elle savourait sa délicieuse tasse de thé. Jasmin et bergamote, étaient ses deux saveurs préférées.

Lunettes de soleil tombant sur le nez, cigarette à moitié consumée, son regard se perdait sur un guitariste de rue qui jouait avec passion et volupté. Elle quémandait quant-à elle, dans ses prières intérieures, une douce quiétude pour l’accompagner.


Prière, qui finalement ne trouvais pas écho dans sa réalité de jeune femme, directrice du pôle marketing d’une boite automobile. Et d’ailleurs, ce projet de nouveau job, il faudrait qu’elle le mène de front. Elle s’usait dans un métier qui ne lui correspondait plus, sans s’avouer réellement qu’il n’avait jamais été taillé pour elle.

Ça lui faisait une montagne de choses qui se cognaient et valdinguaient dans sa trop petite tête.

Des esquisses, des bribes de tout cela, qui mouchetaient sa vie, devaient changer, évoluer ou trouver place comme il se devait. C’est ce qu’elle souhaitait. C’est ce qu’elle espérait… Mais…

… Sophie, qui n’avait de sagesse que le prénom, ne trouvait pas l’emplacement de chaque élément qui constituait sa vie. C’était véritablement difficile, si ce n’était douloureux.

Notamment lui… Ce bellâtre qui n’était pas amené à se poser sur sa route.

Elle se sentait complètement désarçonnée en sa présence, désarticulée, elle n’en comprenait pas la signification. Elle ressentait bien cette chose bouillonnante qui grandissait en elle, lorsqu’elle frôlait son corps et s’enivrait subtilement de son parfum. Elle ressentait bien ses tressauts qui se gravaient dans sa poitrine à chacun de leurs contacts furtifs, a chaque son de voix qu’il émettait. Un hymne mélodieux entourait Sophie à son approche.

Elle sentait cette chaleur qui la ravivait, qui provoquait en elle une tornade émotive, un cataclysme hormonal. Elle palpait intérieurement ses brusques changements qu’il lui provoquait, ses délicieuses sensations qui fleurissaient aux termes des moments passés en sa compagnie.

Mais… Sophie savait qu’il y avait un “mais” à cet hymne conçu pour elle. Elle avait bien l’habitude de ça Sophie. Quand une chose allait à son goût, à son rythme, tout était fait pour que les choses se délitent avant le but ultime.

Elle savait qu’il n’était que passion, une passion qui ne durerait qu’un temps. Elle savait qu’elle n’en profiterai pas intégralement. Qu’elle aurait juste un avant-goût de ce qu’il pouvait lui apporter. Elle savait qu’elle se sentirai vide en l’absence de sa présence. Qu’elle se rongerait les sangs pour pouvoir encore goûter une dernière fois à la douceur de ses lèvres et aux caresses de ses mains…

Et ses yeux… Quels yeux, quel regard… Plus jamais elle ne reverrait son reflet dedans. Non, jamais.
Elle devait rentrer dans sa famille laissée là-bas. Dans ses contrées, aux autres cultures aux autres coutumes, aux autres mœurs.
Elle avait conscience qu’elle devait laisser une partie de son cœur ici avec lui, et qu’ils ne pourraient le partager pour mieux le faire grandir.
Elle devait rentrer, retrouver les siens, qui l’attendaient. Elle devait retrouver son père et l’Homme qui allait devenir son époux.

Ô, il paraît que son père lui avait choisi un bon époux. Celui qui saurait combler tous les besoins de Sophie. Mais à aucun moment, son père ne s’était demandé si le cœur de sa fille allait chavirer vers ce nouveau compagnon. Il la plaçait là, pour qu’elle soit heureuse, en tout cas pour ce qu’il en croyait.

Une fois rentrée chez elle, Sophie palpa ce désert, ce creux abyssal qui l’accompagnait. Elle n’arrivait pas à poser son regard en arrière, sur ce qu’elle devait abandonner, malgré elle. Elle allait se ronger les sangs de son absence, espérant que son visage apparaîtrait dans ses songes les plus intimes.

Sophie se verra alors contrainte de ne vivre que de ces souvenirs et de ces songes les plus amoureux, ces songes les plus heureux. Sophie…

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Comments

  1. yasmine says:

    cc, très joli texte, de l’émotion, des questions, on peut toute se reconnaître dans ton texte. bises

    1. merci à toi, ravie que ça te plaises aussi 😉

  2. Marie Kléber says:

    La chute est rude – le choix des autres nous condamne parfois à une vie qui ne nous ressemble pas. Si les souvenirs restent heureux c’est toujours ça.

    1. J’ai beaucoup pensé à toi par rapport à ce texte. Oui, il nous reste les souvenirs et c’est déjà sublime 😉 Bises ma belle

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