On me disait que j’étais ce personnage. Alors je l’étais. Oui, je me suis conformée à ce que je devais être, à ce que je devais devenir. J’ai suivi, tête voutée. Lilie. 

Lilie avec un E, seulement moi, je voulais m’appeler Lili sans E. Lili sans E, ça fait tout de suite plus classe que Lilie. Je me serai sentie toute de suite plus en décalage des autres. J’aime pas les autres. Je ne veux pas être les autres. Ils sont sans vie, sans soif, ils sont creux du ventre, ils sont tout vides de là-haut. Je n’aime pas le vide moi.

J’aime les choses qui sont remplies, j’aime ce qui prend de l’ampleur, j’aime ces multitudes de petites choses qui créent un tout. J’aime tout ce qui se remplit de bonheur, tout ce qui s’étoffe, tout ce qui grandit. J’aime l’Amour avec un grand A, un énorme A, celui qui étouffe ton ombre tellement il te remplit. J’aime ces millions d’étoiles qui passent au-dessus de ma tête et qui me font comprendre que le ciel ne m’est toujours pas tombé sur la tête. J’aime à croire que si je prie très fort, un peu de magie sortira de mes phalanges.

Je rêve et j’aime rêver à toutes ces lumières qui brillent pour moi. J’imagine alors qu’elles sont toutes allumées pour moi, j’aime à croire que si je les touche, elles me transporteront dans un monde nouveau. Une porte cachée qui s’ouvrira sur un paysage fabuleux. Que chaque lumière ouvrira sa porte. Chaque lumière ouvrira son monde et que chaque personnage sera façonné à la souplesse de mes doigts.

J’ose imaginer que tout sera beau, tout sera remplit de savoir, de connaissance, de bienveillance et de sérénité. J’ose imaginer que l’amour se faufilera, de fil en fil, de joues en joues. Que les sourires se partageront, comme la rosée du matin.

J’aime savoir que là-bas mon Amour, sera celui qu’on possède, qu’on garde au coin des yeux comme on garde une clé pour sa serrure. J’aime à croire que le temps qu’on partagera se figera lorsqu’on le demandera, j’aime à penser que le soleil se lèvera à la demande et que l’on ne se couchera jamais pour se toucher sans même s’user la peau.

J’aime à rêver que je rêve.

Je rêve que Lilie avec un E, sortira de ce milieu ou volent les assiettes cassées et les verres qui trinquent. Il est sûr que mes lumières et mes portes sont toujours plus fabuleuses que la Kro de Daniel. La Kro de Daniel est pleine de bulles qui ne sont même pas belles. Elles ne sont même pas magiques. Ce n’est pas la même potion qui coule dans mon monde à moi. Celle qui s’écoule derrière la deuxième porte, celle du refuge. Ma potion à moi elle brille, elle illumine, elle console et chante à chaque lampée.

lumières

Et si Lilie avec un E sort de cette capsule toute rouillée, je lui souhaite de ne jamais faire un pas de côté.

La femme à Daniel, ma mère quoi, elle, ne voit pas. Le regard embué sous ces paupières qui servent de ramassis d’eye liner. Eye Liner qui finit toujours son trait bien trop haut parce qu’il croit qu’il servira de tuteur. Ses yeux qui tombent, tels des mouches un peu trop collées au carreau parce qu’elles se morfondent d’avoir loupées la sortie.

Son cuir trop passé à force d’écraser son fessier devant le comptoir, comme si elle se prenait pour Marianne. Lui a-t-on déjà dit qu’elle n’avait rien de Marianne ? A par les seins qui tombent. Courtbouillon le cabot a les mêmes oreilles d’ailleurs.

Je rêve que demain je m’appellerai Lili sans E. Parce que Lili sans E ça a de la gueule. Que Lili sans E, elle a des rêves qui remplissent ses poumons. Lili sans E, elle donnera un coup de pied, avec son énorme botte dans cette vilaine case, qui prend l’eau. Ça pue et c’est chiant là-dedans. Même les fleurs elles crèvent quand elles plantent leur tige dans le bocal.

Moi, demain, j’irai me peinturlurer, le visage d’amour et d’amitié. J’irai tremper mes doigts dans l’eau fraîche des fontaines, j’irai remplir des paniers de feuilles de chêne et je m’allongerai dans l’herbe en fermant les yeux sur ce ciel si bleu qui ne m’est toujours pas tombé sur la trogne.

Mon Amour, sera posté là. Il se tiendra au bord de mon cœur, la main caressant les lumières que j’ai imaginée, lui seul comprendra. Et là, je me laisserai me fondre dans ce sol qui n’accueillera que ce qui se reflète dignement au soleil.

Lili sans E deviendra enfin l’arrière de ce miroir qu’elle n’a jamais pu voir auparavant. Lili deviendra sa propre source de lumière, son rêve personnifié. Elle refermera de sa clé cette porte qui ne la comprend pas. Elle s’ouvrira à un meilleur demain.

Bonjour Lili.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous pouvez bien entendu, laissez un petit brin de votre passage ici :