Les vacances de la Toussaint ont commencé ce samedi 17 octobre pour les trois zones, et elles durent jusqu’au lundi 2 novembre. Deux semaines, c’est long quand on a sept ans, et le fameux « je m’ennuie ! » ne tarde jamais. Bonne nouvelle : un enfant qui s’ennuie n’a pas besoin qu’on lui trouve immédiatement une occupation. L’ennui, quand on le laisse un peu s’installer, est souvent le point de départ des meilleurs moments.
Pourquoi l’ennui de l’enfant nous dérange autant
Pour beaucoup de parents, entendre son enfant dire qu’il s’ennuie sonne comme un petit reproche. On se sent coupable de ne pas avoir prévu assez de sorties, d’activités ou de stages. L’époque y est pour beaucoup : agendas chargés, écrans disponibles en permanence, impression diffuse qu’un temps « vide » est un temps perdu.
Il faut pourtant distinguer deux choses. L’ennui ponctuel, ce moment flottant entre deux activités, fait partie de la vie normale d’un enfant. Il n’a rien à voir avec une tristesse durable ou un repli sur soi, dont il sera question plus bas.
Ce que l’ennui apporte vraiment
Un espace pour l’imagination
Quand rien n’est proposé de l’extérieur, l’enfant est obligé de puiser en lui. C’est souvent après vingt minutes de soupirs qu’il se met à construire une cabane avec les coussins du canapé, à inventer une histoire avec ses figurines ou à dessiner une carte au trésor. Les chercheurs qui s’intéressent à la créativité décrivent ce temps de flottement comme propice au vagabondage de l’esprit, d’où émergent les idées nouvelles.
L’autonomie
Trouver soi-même de quoi s’occuper est une compétence qui s’apprend. Un enfant à qui l’on fournit systématiquement la solution n’a jamais l’occasion de l’exercer. À l’inverse, celui qui traverse régulièrement quelques moments d’ennui apprend peu à peu qu’il est capable d’en sortir seul.
Mieux se connaître
L’ennui pose une question simple : « qu’est-ce que j’ai envie de faire, là, maintenant ? ». Y répondre aide l’enfant à repérer ses goûts, ce qui le passionne, ce qui l’apaise. C’est aussi un premier apprentissage de la tolérance à l’inconfort, utile toute la vie.
Comment accompagner sans tout organiser
Laisser l’enfant s’ennuyer ne veut pas dire le laisser seul face à un mur. Quelques repères pour trouver l’équilibre :
- accueillir la phrase sans dramatiser : « Ah, tu t’ennuies. Ça arrive. Je suis sûre que tu vas trouver une idée » ;
- ne pas proposer tout de suite une liste d’activités : laissez passer un moment, l’idée vient souvent de lui ;
- laisser du matériel accessible : feuilles, crayons, cartons, livres, jeux de construction, déguisements. Une « boîte à idées » avec des petits papiers à piocher peut aider les plus jeunes ;
- limiter le recours réflexe à l’écran : il remplit le vide instantanément, mais ne laisse pas à l’ennui le temps de devenir créatif. Fixer des moments sans écran, définis à l’avance, évite les négociations ;
- accepter le désordre : une cabane au milieu du salon pendant deux jours, c’est le prix de l’imagination.
Selon l’âge, les attentes ne sont pas les mêmes. Un enfant de trois ans a encore besoin de la présence et de la proposition d’un adulte. Vers six ou sept ans, il peut supporter des moments plus longs. Un adolescent, lui, a souvent besoin de longues plages de temps libre pour récupérer d’une période scolaire chargée.
Trouver le bon dosage pendant les vacances
Il ne s’agit pas non plus de supprimer toutes les sorties. Des vacances équilibrées alternent temps forts (une visite, une journée chez les grands-parents, un après-midi en forêt) et journées sans programme. Le matin peut être libre, l’après-midi rythmé par une activité, ou l’inverse.
Ce temps de pause est d’autant plus précieux que la rentrée a souvent été intense, entre nouvelles habitudes et devoirs à la maison. Le relâchement des vacances permet aussi de souffler sur les tensions du quotidien, y compris les crises de colère qui se multiplient quand la fatigue s’accumule.
Côté parents, c’est aussi l’occasion de lâcher la pression du « programme parfait ». L’envie de tout remplir ressemble parfois à notre propre difficulté à ne rien faire.
Quand l’ennui cache autre chose
L’ennui ordinaire passe dès qu’une idée surgit. Il est différent d’un enfant qui semble éteint de façon durable, ne prend plus plaisir à rien, même à ce qu’il aimait, dort ou mange beaucoup moins, ou se replie sur lui-même pendant plusieurs semaines. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’ennui, et il est utile d’en parler à votre médecin traitant, au pédiatre ou à un psychologue, qui pourront faire le point avec vous.
Pour l’immense majorité des enfants, le « je m’ennuie » de la Toussaint n’est qu’un passage. Et souvent, c’est juste après qu’arrivent les cabanes, les spectacles improvisés et les histoires dont on se souviendra.

