Femme assise près d'une fenêtre, l'air pensif

Une promotion, un diplôme, un compliment sincère, et pourtant cette petite voix qui murmure : « Ils se trompent sur moi, un jour ils s’en rendront compte. » Ce sentiment porte un nom, le syndrome de l’imposteur. Il touche des personnes compétentes, souvent brillantes, et il est bien plus répandu qu’on ne l’imagine. Le comprendre est déjà une première façon de lui retirer du pouvoir.

Ce qu’est (et ce que n’est pas) le syndrome de l’imposteur

L’expression vient de deux psychologues américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, qui ont décrit en 1978 ce qu’elles appelaient le « phénomène de l’imposteur » chez des femmes ayant brillamment réussi leurs études ou leur carrière. Ces femmes attribuaient leurs succès à la chance, au hasard ou à une erreur d’appréciation des autres, jamais à leurs propres qualités.

Depuis, on sait que ce vécu concerne aussi les hommes, à tous les âges et dans tous les milieux. Un point mérite d’être souligné : ce n’est pas une maladie ni un diagnostic psychiatrique. C’est une manière de se percevoir, un schéma de pensée qui peut être passager, lié à une situation nouvelle, ou au contraire installé depuis longtemps.

Comment le reconnaître

Le syndrome de l’imposteur se repère moins à ce que l’on fait qu’à la façon dont on interprète ce que l’on fait. Quelques signes reviennent souvent :

  • Vous attribuez vos réussites à des facteurs extérieurs (« j’ai eu de la chance », « le sujet était facile »).
  • Vous vivez avec la peur d’être « démasqué », comme si votre place n’était pas légitime.
  • Les compliments vous mettent mal à l’aise ; vous les minimisez aussitôt.
  • Vous vous préparez de façon excessive pour compenser un manque supposé, ou, à l’inverse, vous repoussez les tâches par peur de ne pas être à la hauteur.
  • Une seule erreur efface à vos yeux des dizaines de réussites.

Ce dernier point rejoint souvent la procrastination, qui n’est pas de la paresse mais fréquemment une stratégie pour éviter la confrontation avec un jugement redouté.

D’où vient ce sentiment

Il n’existe pas de cause unique. Plusieurs éléments peuvent se combiner :

L’histoire familiale. Avoir grandi avec des attentes très élevées, ou au contraire avec l’étiquette de « celui qui n’est pas le plus doué de la fratrie », peut laisser des traces durables dans l’image de soi.

Le perfectionnisme. Quand la barre est placée à 100 %, tout résultat à 95 % est vécu comme un échec, et la réussite n’est jamais vraiment savourée.

Les transitions. Un nouveau poste, une reprise d’études, l’arrivée dans un milieu social ou professionnel différent de celui d’origine sont des terrains propices au doute.

Le contexte. Être l’une des rares personnes de son genre, de son origine ou de son parcours dans un groupe renforce l’impression d’être observé et de devoir prouver davantage.

Six pistes pour l’apprivoiser

L’objectif n’est pas de faire taire définitivement la petite voix, mais de ne plus la laisser décider à votre place.

1. Nommer ce qui se passe

Se dire « tiens, c’est mon syndrome de l’imposteur qui parle » crée une petite distance entre la pensée et vous. Une pensée n’est pas un fait.

2. Garder une trace de ses réussites

Notez, au fil des semaines, les retours positifs, les problèmes résolus, les objectifs atteints. Relire ces notes les jours de doute offre un contrepoids concret. Si l’écriture vous attire, nos conseils pour tenir un journal sur la durée peuvent vous aider à en faire une habitude.

3. Accepter un compliment sans le corriger

Un simple « merci » suffit. C’est un exercice étonnamment difficile au début, et très révélateur.

4. Revoir ses critères de réussite

Demandez-vous ce que vous diriez à un ami qui aurait obtenu le même résultat. La bienveillance que nous accordons spontanément aux autres est souvent un bon étalon.

5. En parler

Évoquer ce sentiment avec un collègue de confiance ou un proche réserve souvent une surprise : beaucoup ressentent la même chose sans jamais le dire.

6. Alléger la pression globale

Le doute prospère sur la fatigue. Quand l’organisation du quotidien pèse lourd, comme dans le cas de la charge mentale, le moindre faux pas paraît plus grave qu’il ne l’est.

Quand se faire accompagner

Si ce sentiment devient envahissant, vous empêche de saisir des opportunités, s’accompagne d’une anxiété importante, de troubles du sommeil ou d’une tristesse durable, il est utile d’en parler à un professionnel : médecin traitant, psychologue ou psychothérapeute. Un accompagnement permet de travailler sur les croyances qui nourrissent ce doute et sur l’estime de soi, à votre rythme.

Le syndrome de l’imposteur a un paradoxe rassurant : il touche surtout des personnes qui se remettent en question. Cette exigence est une qualité. Il s’agit seulement d’apprendre à la retourner un peu moins contre soi.

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2 commentaire

  1. […] une forte exigence envers soi-même. Le doute permanent décrit dans notre article sur le syndrome de l’imposteur en est un terrain fertile. Les soirées d’automne, plus longues et plus calmes, laissent aussi […]

  2. […] Être celui ou celle sur qui l’on peut toujours compter procure une forme de valeur. Le jour où l’on refuse, on a parfois l’impression de perdre une partie de son identité. Ce mécanisme se retrouve chez les personnes qui doutent de leur légitimité, un terrain que nous avons exploré avec le syndrome de l’imposteur. […]

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